Élaborer les critères de réussite d’un journal intime en 3ème

Le vendredi 21 février 2003.

L’écriture autobiographique est l’un des axes du programme de troisième. J’aime beaucoup ce moment car il me permet de faire toucher du doigt aux élèves ce qu’est l’Écriture en leur faisant rédiger un journal intime.

Cette séquence intervient en début d’année car les vacances de la Toussaint représentent un moment idéal pour écrire un journal intime : pas très éloignés du début d’année scolaire, ces quelques jours m’aident à faire la connaissance un peu plus approfondie de mes élèves.

Lorsque je leur propose ce projet, je leur explique tout de suite qu’ils sont libres de ne pas raconter ce qui les dérange : ils sont les auteurs, ils maîtrisent donc le contenu. Cela les rassure bien que l’idée d’écrire tous les jours n’enchante pas tout le monde ! D’autant que cette troisième n’est pas très hétérogène : c’est une classe d’excellents sportifs (jeunes espoirs du LOSC) qui n’aiment pas particulièrement l’école, alors écrire !

Un autre point les rassure également : ce journal ne sera pas noté, c’est une expérience d’écriture personnelle qui nous servira de point de départ pour les apprentissages, nous n’en sommes pas encore à l’évaluation.

Ainsi ils partent en écriture avec comme but principal de se frotter à la difficulté de se dire, tout en sachant qu’ils n’écrivent pas que pour eux puisque je vais les lire, sans contraintes de forme particulières et en ayant simplement lu quelques extraits d’autobiographies.

voir la séquence

La consigne que je leur donne est donc :

Pendant les vacances de la Toussaint, écrivez tous les soirs ce que vous avez vécu, pensé et ressenti au cours de la journée. A rendre le lundi de la rentrée.

Je n’ai pas donné d’indications sur le support (copie, présentation, couleurs, illustrations ) en me disant que les élèves auraient peut-être spontanément envie d’écrire sur un format différent, dans un carnet en tout cas pas sur une copie (ce qu’ils n’oseront pas : eux n’oublient pas le cadre scolaire)

Le résultat est assez hétéroclite : certains écrits prennent la forme d’agendas dans lesquels sont consignées presque heure par heure les activités de la journée. D’autres sont des catalogues de faits en oubliant complètement toute sensibilité ou réflexion, enfin quelques journaux sont intéressants.

J’en tape quelques extraits anonymés (après avoir demandé l’autorisation aux auteurs) afin que nous puissions d’une part travailler les caractéristiques de l’écriture et d’autre part dresser une liste des critères de réussite pour le journal intime. [voir le doc]
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Enfin, je donne les extrais que j’ai retranscrits et je demande un temps d’écriture personnelle pour commencer pendant lequel chacun notera les qualités et les défauts qu’il trouve dans les différents récits. Nous les écrivons ensuite au tableau pendant la mise en commun. Voici la liste :

Qualités :

-  dire bonjour à son journal, lui parler comme si c’était un personnage.

-  Certains extraits ne parlent pas de toute la journée, c’est mieux, on est libre de raconter le moment qu’on préfère.

-  découvrir des choses dont on ne parle jamais dans la classe (la vie privée)

Défauts

-  écrire des textes trop courts

-  passer du coq à l’âne

-  écrire tout ce qui s’est passé dans la journée, comme si c’était un agenda, en gardant tous les détails même s’ils ne sont pas intéressants.

-  donner les heures précises pour tout ce qu’on fait

-  ne raconter que les faits et pas ce que l’on pense ou ce que l’on ressent.

A la fin de l’heure, nous élaborons une grille de critères de réussite à partir de ces remarques et en reprenant les particularités du texte autobiographique que nous avions vues à propos d’autres écrits.

Cette grille, je la tape et nous convenons qu’elle sera collée au début de leur prochain journal afin qu’ils vérifient régulièrement qu’ils suivent les consignes. La voici :


Un journal intime est un texte autobiographique, donc il doit en respecter les règles :

1) l’auteur, le narrateur et le personnage sont une seule et même personne le pronom personnel "je".

2) respecter le pacte de sincérité.

3) suivre une progression chronologique, ne pas passer du coq à l’âne.

4) porter un regard sur soi-même.

Un journal intime a aussi ses propres spécificités  :

1) on parle à son journal, on peut donc s’adresser à lui.

2) on peut ne parler que d’un moment de la journée, et pas de toute la journée.

3) il faut raconter ce que l’on vit mais ne pas oublier de parler de ce que l’on pense et de ce que l’on ressent.

4) ne pas découper la journée heure par heure en donnant des chiffres précis : c’est artificiel, personne ne vit les yeux fixés sur sa montre.

Conseils pratiques :

1) écrire un minimum de 20 lignes

2) utiliser le système du présent ( passé composé pour raconter ce qu’on a fait la veille si l’occasion se présente)
.

3) présenter la copie ou le support choisi.

4) vérifier l’orthographe des mots dont vous n’êtes pas sûrs.

5) réinvestir le vocabulaire des sentiments.

6) coller cet encadré en en-tête de votre écrit.


Nous avions élaboré ensemble les deux premières parties, j’y ajoute les "conseils pratiques" avec mes exigences.

Ce deuxième journal sera noté, les élèves auront une semaine pour l’écrire et nous le considérons un peu comme une synthèse de ce que nous avons vu sur l’autobiographie puisque nous avons analysé encore quelques textes, nous avons travaillé sur le vocabulaire des sentiments avant qu’ils n’écrivent ce deuxième journal.

Ces productions sont une réussite et je tape 4 extraits (les mêmes élèves que la première fois) afin que tout le monde puisse se rendre compte des progrès de la classe.

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extraits de journaux 2

Le fait que les élèves aient travaillé sur leurs propres récits et qu’ils aient trouvé leurs propres critères de réussite (une autre classe n’aurait pas eu tout à fait les mêmes critères, des élèves plus littéraires auraient fait un travail plus poussé ) leur a permis de s’approprier la tâche. Ils savaient ce qu’il fallait faire pour réussir et ils l’avaient trouvé eux-mêmes. C’est totalement différent d’une consigne qui tombe du ciel sans critères de réussite ou dans le meilleur des cas, ceux du prof !

En discutant avec la classe lors de la correction, les élèves expliquent qu’ils se sont sentis en confiance pour écrire la seconde fois car cette écriture leur semblait "simple" : parler de soi, qui avait représenté un frein la première fois, était devenu un exercice à leur portée parce qu’ils avaient intériorisé la tâche. Ils ont insisté pour que nous continuions à travailler de cette manière, en élaborant des critères à chaque exercice d’écriture et je pense que ce journal intime a joué le rôle de déclencheur et nous a permis de passer une année agréable ensemble.

Valérie Louchart
collège Mme De Staël
écriture pour passages